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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 10:52
Les mille "rencontres" avec l'Afrique. Octobre-2010-389.jpg
 
J'ai rencontré Mìchèle en Espagne en mars du 2007, toutes les deux nous participions à un séminaire et Michèle a parlé de son expérience en Afrique, sa rencontre avec la gens de Masanga et son projet: créer une école maternelle pour les fillettes dont  les parents s'engageant à ne pas leur pratiquer l’excision.
 
Le désir d'aider Michèle dans ce projet a été pour moi naturel et immédiat et j'ai accepté de devenir marraine d’une petite fille, Fatima. Depuis ce moment est né en moi un très fort et insistant désir de connaître cette réalité. C’était une attraction et un appel profond auquel je n'ai pas pu résister. Fin 2010 j'ai enfin réussi à organiser mes congés de travail pour accompagner Michèle à Masanga afin d’organiser le début de l’année scolaire.
 
Je ne savais pas exactement ce qu’y m'attendrait et qu'est-ce que j'aurais fait mais j'avais une sensation profonde que je serais revenue enrichie de ce voyage et que j'aurais beaucoup plus reçu que j’aurais cherché à donner. Et il a été comme ça!
 
La rencontre avec Michèle à l'aéroport de Bruxelles le 10 septembre 2010 a été joyeux et plein d'enthousiasme. Nous avions beaucoup d'énergie à dépenser en cette aventure, pour moi toute nouvelle. L'arrivée à Masanga, même maintenant, je n’arrive pas à le décrire,…. j'ai seulement le souvenir profond de l'émotion que j’ai ressenti en voyant les gens mais surtout les femmes, les mamans, les fillettes et les enfants acclamer Michèle, une femme blanche Bondo de retour à Masanga, en chantant et en accompagnant avec le battement rythmique des mains et des "djembe" (instrument à percussion Africain), en dansant autour d’elle et avec elle, en riant et en créant un flot incroyable d'énergie venant de la terre rouge de l'Afrique et il se répandait dans l'air, dans les couleurs intenses de ce territoire.
 
Je me suis laissée prendre et envelopper des    
femmes merveilleuses qu'ils m'enlaçaient et des mille enfants qui cherchaient, d’abord timidement et puis de plus en plus curieux, un contact avec moi…Ce fut comme rentrer dans la mer pour se laisser porter par le courant et le flux et reflux des flots… une rencontre magique avec les gens de Masanga.
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Depuis le premier jour tous s'est déroulé avec extrême simplicité mais avec grande intensité. Michèle s'est consacrée sans se ménager à rencontrer tous les parents et les enfants inscrits à son programme… on ne peut pas imaginer le travail que demande cette organisation, comment répondre aux besoins de qui n'a pas presque rien afin de leur donner une occasion, une possibilité, un changement positif à ces petites fillettes et enfants qui seront les adultes du prochain future.
 
 
 
 
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Ma rencontre a été surtout avec les petites de l'école maternelle de Michèle. C’est avec difficulté parce que je ne trouve pas les mots que je peux dire combien précieux et spécial a été cette rencontre. Pouvoir rester au contact avec elles en offrant mon temps, observer leurs jeux leurs conquêtes,… aussi leur difficulté, les peurs et laisser que la communication arrive naturellement malgré la difficulté d'une langue pour moi incompréhensible comme le temene.  Mais à travers des chansonnettes, des danses, des jeux, d'embrassades, des regards, des sourires et des petits gestes d'attention, tout ceci remplissait mes journées entièrement en me laissant une sensation de plénitude et harmonie où "tout" vraiment "tout va bien."
 
Aussi précieuses ont été la comparaison et la rencontre avec les maîtres de l'école de Michèle. Cette année a été inauguré la classe primaire. Seize petites merveilles qui avaient déjà fréquenté l'école de Michèle ont commencé maintenant la 1ère année primaire.
 
LOctobre-2010-236.jpg'attention pour l'Éducation et les programmes didactiques est encore très insuffisante et pauvre dans ce pays. Avec son projet Michèle apporte une aide réelle et  pour ces maîtresses, une occasion de s’améliorer, pour grandir professionnellement, pour acquérir de nouvelles connaissances et expériences avec les petites filles. Pendant les quelques semaines que j'ai passé avec elles ça a été très positif voir aussi les maîtresses qui se sont mis en jeu et nous nous sommes mesurées ensemble, en échangeant opinions et suggestions didactiques pour créer le milieu et l'atmosphère la plus favorable pour accueillir, stimuler, encourager la croissance et l'apprentissage de celles 64 petites merveilleuses créatures.
 
La rencontre avec les gens de Masanga et des villages voisins a été émotionnante. Leur pauvreté ne réussissait pas à couvrir l'intensité de leurs regards directs et profonds, leur capacité de jouir dans l'espoir d'une aide et de t'accueillir avec sincère gaieté entre les chants et les danses.Octobre-2010-361.jpg
 
La rencontre avec la nature de l'Afrique a été très forte. Les couleurs, du vert entendu des plantations de riz et des palmiers au rouge de la terre, de l'obscurité de la nuit aux mille tonalités de jaune, violets, roses, bleus, verte, rouge, oranger des vêtements traditionnels, les odeurs, le son de la pluie, le chant incessant de petits oiseaux, cigales et grillons, le son de l'océan, le couler silencieux des fleuves, ils ont accompagné mon bref séjour en me laissant un souvenir intense et profond.
 
Beaucoup de mois ont passé mais chaque rencontre unique dans ce voyage a laissé en moi quelques traces invisibles mais absolument indélébiles et profondes qu'il me donne la sensation de faire partie d'un voyage incroyable et mystérieux qu’est la VIE.
 
Je suis infiniment reconnaissante et heureux d'avoir connu Michèle et de la grande occasion qu'elle m'a offert.
Renata
 
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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 16:49
A la demande de l’Association Masanga Education Assistance, j’ai passé deux semaines à Masanga , Sierra Leone, pour faire un reportage photos, début septembre, période de la rentrée scolaire, sur les 250 enfants pour lesquels l’ONG prend en  charge tous les frais d’éducation.
Pour les 64 fillettes des quatre classes enfantines de Masanga, directement gérées par MEA, ainsi que pour certaines filles des écoles voisines, les parents et les autorités locales se sont engagés à ne pas les faire exciser en échange de l’éducation gratuite.
Première surprise, plutôt désagréable: Le visa délivré par le Consulat à Genève n’est pas valable: ancienne formule; Discussions, palabres, refus de payer à nouveau, etc.. Enfin un visa provisoire pour cette fois-ci est délivré.
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Deuxième surprise mais agréable: l’aéroport de Freetown est situé sur une île, et il faut prendre un petit bateau rapide pour rejoindre le continent. A marée basse, le bateau ne peut accéder au ponton et les passagers et les bagages sont transbordés dans les bras ou sur les épaules d’employés. Le trajet prend 30 minutes.
 
La ville de Freetown ne présente aucun intérêt. Elle est sale et bruyante, voitures et motos klaxonnant sans arrêt. Les rues, autrefois goudronnées, sont défoncées, la conduite est difficile, voire impossible la nuit. L’argent est changé au noir dans les rues : on est vite millionnaire en monnaie locale.
Quatre à cinq heures sont nécessaires pour traverser Freetown et effectuer les 180 km  du trajet jusqu’à Masanga  sur une bonne route, sauf les 25 derniers kilomètres sur une piste en sable et terre. Le paysage est partout le même : palmiers, herbes hautes, buissons, cultures de riz.
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Quel accueil dans les villages et à Masanga même ! Les femmes et les enfants se portent au-devant de la voiture, en chantant, en dansant, en embrassant tout le monde. C’est la fête! Et quelle ambiance! Nous sommes escortés jusqu’au la maison des bénévoles au centre.
 
 
 
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Sympathique le centre : les constructions sont au milieu d’une ancienne palmeraie et  heureusement, Il y a de l’ombre, car il fait chaud au soleil et le taux d’humidité est de 100%. Il pleut des averses tropicales violentes tous les jours; l’eau du ciel est plus chaude que celle du puits et la douche sous la gouttière est un régal.
 
 
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Journée préparatoire avec les parents (surtout les mamans) et les enfants; discours,  applaudissements, chansons, danses, discussions dans un joyeux brouhaha. Au final, les listes pour chaque classe sont établies et les uniformes distribués.
 
 
 
 
474 L'arrivée des mamans
Le jour de la rentrée scolaire, les mamans apportent le bois pour la cuisine. En classe, les fillettes, dont chacune a une coiffure différente, sont très sages et obéissantes, pas turbulentes même à la récréation et pendant le repas de midi.  Les bénévoles mangent comme les élèves : riz...riz, sauce au poisson séché et feuilles de manioc. Pratiquement pas de variétés. C’est lassant pour nos palais d’occidentaux. 
Masanga est un gros village très pauvre avec un hôpital (ancienne léproserie), sans électricité (quelques groupes électrogènes) ni eau courante, mais des puits; les maisons traditionnelles avec une structure en bois, les murs en pisé et le toit en chaume ont presque toutes disparu au profit de parpaings en béton et de toits en tôle; Les cuisines à l’extérieur de la maison sont à même le sol, les casseroles en équilibre sur trois pierres et un feu de boi
C’est à moto que je visite neuf des villages avoisinants dont Rogbeshe; belles ballades!..quand on ne prend pas une averse. Tous ces villages ont gardé un aspect plus traditionnel que Masanga.
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L’accueil est partout le même; chaleureux et exubérant. Vite, allons d’abord saluer le chef de village et l’instituteur. Puis, regroupement des enfants et des parents pour les photos: Il faut bien prendre des notes pour ne pas confondre; Il y a beaucoup de noms identiques. Pour les faire sourire, quelques mimiques et cela marche presque toujours.
Ces gens ne possèdent presque rien mais gentillesse et chaleur humaine émanent de tous.
Super séjour et une expérience nouvelle. Pourquoi ne pas y retourner si l’occasion se présente ?
Pierre-Louis Levasseur
 
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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 16:12
Bonjour à tous,
 
J’ai passé tout le mois de septembre à Masanga mais cette fois sous une pluie soutenue et un taux d’humidité à 100%.
 
La jeep qui nous a été offerte par Gaznat à Aigle est ENFIN arrivée sur place (pas chargée sur le bateau prévu, problème d’amarrage et lutte pour la sortir du port…) bref j’ai pu en profiter pour la dernière semaine de mon séjour ce qui n’était pas un luxe.
 
En attendant j’ai pris les taxis locaux pour mes déplacements urgents. Lorsque je dis taxi ça veut dire 4 roues qui tournent en vibrant dans tous les sens sous une carrosserie passoire₺ et surtout un pot d’échappement qui envoie ses gaz dans l’habitacle… Résultat des courses, mes poumons n’ont pas du tout aimé ça.  Je suis rentrée épuisée.
 
Mais passons aux bonnes nouvelles.
 
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L'arrivée est toujours aussi émouvante !
 
 
 
 
 
 
 
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Huit exciseuses de Magburaka, le chef-lieu du district, sont venues avec leur fille et petites filles afin que nous les inscrivions dans notre programme contre l’excision ! Ça c’est énorme ! Je me suis empressée de dire OUI bien sûr.
 
 
 
En décembre nous organisons la 3ème cérémonie Bondo SANS l’excision avec 60 filles. Marie Kamara, une ancienne collaboratrice de l’OMS rentrée au pays nous aide sur place.
 
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Je suis partie cette année avec un ami, Pierre-Louis, qui a pris et répertorié les photos des enfants afin de les envoyer aux  parrains-marraines. Un énorme travail qu’il a superbement bien fait et qui m’a beaucoup soulagé. 
 
 
 
 
Nous avons pour la 1ère fois deux supers bénévoles qui viennent du Danemark. Soren, pour gérer le programme, l’école et la formation continue des maîtresses indigènes. Jacob, qui construit une maison pour les cérémonies Bondos et s’occupe également de l’entretien du site MEA.
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Nous avons  organisé la rentrée scolaire de notre école, des enfants en primaires et de ceux en secondaire. A ce jour nous avons un total de 270 élèves dont 225 filles échappant à l’excision. MAIS 5 autres vont rejoindre la cérémonie en décembre et une environ 60 attendent dans le village de Rogbeshe. Encore une fois, si je trouve assez de monde pour travailler sur place nous pouvons acceptez l’inscription de 1000 filles demain…
 
 
 
Une petite histoire pour terminer ce bref récit :
 
En 2007 est née Marion. Elle était si petite que nous ne pensions pas qu’elle allait vivre. Sa maman est une de nos anciennes élèves. Je lui ai donné ma couverture toute douce pour tenir son bébé bien au chaud et lui ai conseillé de la mettre au sein le plus souvent possible. L’année suivant j’ai retrouvé cette petite fille en pleine forme mais sa maman est Limba, un clan qui excise aussi les filles. Je lui ai dit de ne pas le faire, que je prendrais Marion dans le programme mais elle a refusé. Chaque année je suis allée la trouver et … cette année j’ai gagné. Maman et fille sont venues me trouver. Marion, si belle avec ses grands yeux intelligent, a commencé l’école enfantine dans notre école OUF ! Rien que pour ça j’ai le courage de continuer.
Marion Koroma B2 (2)
Mes amitiés à vous tous et encore un grand merci car sans vous ce programme n’existerait pas.
 
Michèle
 
 
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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 11:10

Le jour de l'inscription des filles à cette 2ème cérémonie des femmes Bondos, Ya Ramatu Fornah est très fière d'être la première femme en Sierra Leone à s'être reconvertie. En tant que marraine de notre programme elle se sent encore plus respectée que lorsqu'elle était exciseuse. Elle contrôle toutes les filles régulièrment et vérifie que les conditions d'admission à notre programme soient respectées.

 

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Je n’avais pas vraiment prévu de retourner à Masanga ce début d’année mais j’ai senti que c’était important d’être présente à cette 2ème cérémonie Bondos SANS l’excision. Les femmes ont dansé lorsqu’elles ont su que j’arrivais.

 

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Cette fois-ci y ont participé 61 petites filles venant non seulement de Masanga mais aussi des villages de Rowalla, Rogbeshe, Mapeythor, Matam, Mabereh, Malongba, Rogbomline, Mabuninah et Makarr.

 

 

 

 

 

 

Tout le monde a pris confiance dans ce type de cérémonie SANS la pratique de l'excision.  Ainsi les enfants et les mères étaient plus confiantes, étaient plus détendues et se sont bien amusées. Une chose incroyable, aucune sowé (exciseuse) et mère n’avait apporté une baguette pour frapper les filles et ceci sans que je le demande. On commence à bien me connaître et j’en suis ravie.

Vu les problèmes de l’année dernière pour loger tout ce monde la nuit (nous avions fait dormir les filles dans notre école)  nous avons loué une maison à un villageois. 

 

 

 

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Je suis allée chaque jour trouver tout ce monde pour participer à leurs rituels de purifications à base d’herbes médicinales et autre ainsi qu’à de nouveaux chants et danses qui parlent de la vie de la femme, de son corps, de sa relation avec les hommes et de la famille.

Même si tout se fait en temene, la langue de la région, et que je n’y comprends pas grand chose c’était très puissant er émouvant. Il y a beaucoup de joie et de complicités entre ces femmes lorsqu’elles sont loin des hommes et je m’y sens particulièrement bien. Je dois même dire que je me sens bien mieux sans eux et que je les côtoie le moins possible.

 

 

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Mon plus grand moment d’émotion à été le premier jour, lorsque j’ai vu toutes ces petites filles dans la brousse, assises bien alignées, enduites de craie blanche.  J’ai réalisé que  normalement elles devraient être toutes coupées et que là RIEN, elles sont toutes intactes. J’avais les larmes qui coulaient toute seules.  

 

 

 

    Bondo 2011 161

 

 

 

Nous avons eu la visite de beaucoup d’exciseuses car plusieurs d’entre elles ont inscrites leurs filles dans le programme afin de les scolariser au lieu de les exciser. J’ai été très étonnée au départ mais elles respectent bien les conditions. Elles savent bien que les filles peuvent être contrôlées à tout moment. Comme elles sont influentes et respectées dans leur village de plus en plus de mères vont les suivre.

 

 

   

Notre programme fonctionne super bien et pourtant dans le pays aucune organisation n’y croit. 

Nous avons eu la visite de Marie Kamara, une femme magnifique qui a travaillé durant de longues années à l’OMS. A sa retraite elle est retournée au pays. Comme toute les femmes de son pays elle a été excisée très jeune et, faisant ainsi partie de la Bondo Society, elle a pu participer à notre cérémonie. Elle pourra ainsi témoigner que c’est bien vrai, que ça marche.

 

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La directrice d’une petite organisation à Freetown est également venue se joindre à nous. Elle est repartie avec beaucoup de photos et de films.

Elle voudrait collaborer avec nous mais je trouve son mode d’agir auprès des femmes trop agressif. Je réussi en respectant ces femmes, en allant tout en douceur, en proposant et non en jugeant et en condamnant leur pratique. Je ne voudrais pas que tout le travail de patience soit saboté.

 

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Sept exciseuses de trois autres villages sont venus trouver la marraine de notre programme, Ramatu Fornah (ex-exciseuse) en lui demandant d’accepter leurs filles dans le programme. Ce qui est encore plus intéressant c’est que se sont justement ces mêmes exciseuses qui ont beaucoup critiqué le programme à son commencement et qui étaient venues demander d’arrêter immédiatement ! Quel progrès dans les mentalités !

 

 

 

Bondo 2011 099

 

 

 

 

 

 

 

A ce jour nous avons 205 petites filles dans notre programme et nous en auront sans doute 250 en septembre prochain. Voir 300 si nous recevons suffisament d'aide.

 

 

 

 

Comme il nous est impossible de scolariser toutes les filles de Sierra Leone, j’ai pensé sponsoriser des cérémonies sans l’excision dans plusieurs villages près de la capitale. C’est tout un programme parallèle à explorer. J’en ai parlé avec plusieurs femmes dont une exciseuse et à premier abord elles semblent très intéressées.

Pour les convaincre c’est simple, je leur propose encore un choix.

Soit elles continuent à exciser et lorsque la loi contre les FGM (excisions) passera elles perdront leur tradition, leur statut, leur gagne pain et risqueront la prison.

L’autre option est de faire des cérémonies bondos comme je les propose, en gardant tous les rituels et en enlevant juste l’excision. Elles garderont ainsi leur tradition qui est très belle, leur statut, leur gagne-pain, les filles ne seront plus excisées et les sowés ne seront pas hors-la-loi.  

 

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Nous cherchons toujours des volontaires pour venir sur le terrain et pourquoi pas, pour les dames, de rentrer comme moi dans la "Secret Bondos Society" ... c'est une expérience formidable, intense, pleine d'émotion vous mettant en face de la force féminine.  

 

 

 

 

  





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 11:46

Automne 2010 à Masanga

 

Que d’émotions lors de ce dernier voyage ! Je suis partie avec Renata, une amie magnifique. Nous avons travaillé comme des dingues mais les résultats sont très positifs : 205 petites filles sauvées de l’excision !  

Notre arrivée a été très touchante. Beaucoup d’enfants du programme, surtout les petites filles, nous attendaient pour nous souhaiter la bienvenue en chantant et dansant. Il y a avait Ramatu Fornah, la marraine du programme, les quatre maîtresses et beaucoup plus de mamans que les autres années. J’attribue ça à ma condition de femme Bondos. Un long cortège nous a accompagné jusqu’à la maison.

J’ai ressenti de la tristesse en passant devant la maison du chef du village décédé la veille. J’aurais bien voulu lui serrer la main une dernière fois. C’était une belle personne. J’ai offert un gros sac de riz à la famille pour le repas funéraire et j’ai laissé couler mes larmes devant tous ces gens qui me souhaitaient la bienvenue en musique malgré leur chagrin. Du coup un des anciens du village m’a dit avoir vu quelque chose dans mes yeux ce qui me fait devenir une fille du village…

 

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Renata a travaillé tous les jours dans notre école enfantine qui comprend maintenant quatre classes de 16 élèves : 2 enfantines, 1 préparatoire et 1 première année primaire. Elle a intégré au système pédagogique le côté psychologique, la relation maîtresses-élèves, la tendresse, l’écoute, le respect de l’autre et la confiance en soi. Ce fut un vrai succès.

 

 

 

 

2010 0052J’ai organisé la rentrée scolaire de notre école puis celle des élèves fréquentant les deux écoles primaires de Masanga et des élèves allant dans les écoles secondaires et technique à l’extérieur. A ce jour nous avons 259 élèves dont 205 petites filles non excisées.  C’est un travail énorme sous haute surveillance  mais nous sommes certains que les filles ne sont pas excisées, que les élèves vont bien à l’école, et où va l’argent. Je distribue moi-même tout le matériel scolaire. Les enfants reçoivent aussi des chaussures.  Filles-Mapeythor--15--copie-1.jpg

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

Ya Ramatu Fornah, ex-exciseuse reconvertie, m’a demandé de contrôler physiquement toutes les filles. Il y a eu des cérémonies d’excision dans les environs et elle veut s’assurer qu’aucune fille ne soit passée par là. Elle a entendu qu’une des filles de Mathora aurait été excisée, la première de ce village à avoir été prise dans le programme. Nous sommes passées un jour dans son école et …j’en frissonne encore, rien qu’à voir le regard éteint de Rosalyne j’ai su que c’était fouttu. Ramatu-F-jpgComme convenu dans ce cas j’ai viré toutes les filles de ce village. J’en suis vraiment navrée mais si je ne tiens pas bon je ne serai plus crédible. Ya Ramatu est venu me demander de ne pas céder. Le chef de Mathora est venu s’excuser et me demander de revenir sur ma décision puis les mères ont suivi. Les femmes de Masanga ne les ont pas laissé venir jusque chez nous. Comme dans toute chose il y a le bon et le mauvais nous avons perdu quelques filles mais nous en avons trouvé d’autres dans les villages de Matam et de Malongba. De 9 villages nous sommes passées à 10. Ya Ramatu demande si elle peut prendre un autre village de sa section l’année prochaine. Je dis oui même deux. Elle répète dans tous les villages que l’éducation est la clé ! C’est nous qui décidons le nombre d’enfants que nous pouvons inscrire et c’est elle qui choisi. Elle donne la préférence aux filles ou petites filles des exciseuses et des chefs des villages.

Les choses ont bien changé depuis les débuts où nous allions timidement parler de notre programme dans les villages. Aujourd’hui se sont eux qui viennent s’informer et demander d’y participer.

 

Nous sommes allées visiter tous les villages participant à notre programme afin d’y rencontré les enfants et de répéter les conditions d’admission. Je donne le choix d'exciser ou pas mais si on rentre dans mon programme le règlement doit être respecté. L’expérience de Mathora renforce le sérieux du programme. Je me présente comme Chéma Ruko, femme Bondo et leur rappelle qu’il est important de ne pas perdre les traditions mais qu’il n’est pas nécessaire de couper les filles. Je parle de la « New Bondo Style » la cérémonie bondo sans excision que nous avons faites en février 2010 et de son importance.  Les-Femmes-de-MBM--1-.jpgComme il se dit qu’une femme non excisée n’est pas sérieuse j’ai ajouté que si les hommes traitaient bien leur femme et apprennent à bien leur faire l’amour avec respect et tendresse elles n’iront pas chercher ailleurs. Michael pourrait leur donner des cours-conseils en la matière... C’est très tabou de parler de tout ça mais je me permets de le faire avec beaucoup de naturel et ça passe très bien.

 

Ya Ramatu, ex-Ya Sampa, qui tient à son nom de naissance repris suite à une cérémonie lui retirant le droit d’exciser demande de faire d’autres cérémonies de ce genre chaque année afin que les mentalités changent. A ce propos j’ai appris qu’il y a des centaines d’année c’est une femme, Mamy Yoko,  qui a créé la "Bondo Society" dans le but d’apprendre aux jeunes filles à tenir un ménage, de s’occuper de leurs enfants, d’apprendre la médecine traditionnelle, les chants et les danses, etc.… elle n’a jamais demandé d’exciser les filles. Cette une pratique qui est venue par la suite et personne ne sait me dire comment et pourquoi.  Avec mon programme je reviens à la source et cette découverte est un atout qui va m’aider encore plus à argumenter contre l’excision. Tout est parfait !

 

Vu notre succès il est impératif de trouver des personnes bénévoles ayant envie de travailler avec nous sur place sinon je ne pourrai plus gérer. Il n’est pas question de prendre un coordinateur indigène car nous perdrions beaucoup d’argent. J’ai déjà tenté cette expérience sans succès. Donc si vous êtes touché par notre cause, que vous avez du temps, de la patience et envie d’aventure et d’expériences fortes vous êtes les bienvenus.

 

  

Nous avons également besoin d’une jeep tout terrain 4 X 4 pour la visite des villages. Si vous voyez une bonne occasion dans votre entourage merci de penser à nous.

 

Rowalla--7-.jpg

 

 

Merci de tout cœur à vous tous qui nous soutenez, Michèle  

 

 

 

 

 

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 11:20

 

Début novembre 09, me voici de retour de Masanga, encore une fois pleine d’énergie grâce au succès de mon programme contre l’excision.

J’ai toujours de la peine à croire qu’il fonctionne si vite et si bien. A ce jour, ce sont 157 petites filles qui suivent l’école au lieu d’être excisées ! Neuf villages nous ont rejoints. 

 

A propos de l’excision :

Ya Sampa, la grande cheffe des exciseuses de la région est complètement de notre côté. En janvier, elle va faire sa cérémonie pour sortir définitivement de sa condition de « sawer » exciseuse.

C’est maintenant elle qui recrute les filles et les surveille. Génial !

Elle parle avec les autres exciseuses des villages avoisinants afin que celles-ci  fassent de même. « Il faut arrêter ça. L’éducation est ce qu’il y a de plus important !»

L’une d’entre elle, à Mabereh, a dit vouloir également « se laver les mains », terme employé pour dire qu’elle veut faire la cérémonie  pour arrêter de pratiquer l’excision. Elle va également contrôler que les conditions de notre programme soient respectées.

 

Lors de notre visite dans le village de Mathora, nous avons rencontré une des grandes exciseuses de ce secteur. Chaque secteur a ses cheffes et ses pratiques et elles sont respectées. Ya Sampa lui a expliqué notre programme et lui a demandé son appui afin qu’elle surveille les filles de son village qui y participent. Elle a tout de suite été d’accord et nous a proposé une petite fille. Nous la prendrons sans doute l’année prochaine si tout se passe bien.

 

 

A propos de mon initiation :

Une autre grande nouvelle, c’est ma future initiation chez les femmes Bondos. ET OUI ! Elles m’acceptent parmi elles, sans me faire exciser. En fait, pour être Bondos, il y a deux passages, le premier que nous ferons et qui consiste à passer au moins 10 jours et 10 nuits en brousse à chanter, danser et …je verrai bien quoi d’autre….

Le deuxième passage est celui lors duquel se pratique l’excision et que nous ne ferons pas, bien entendu.

 

Je retourne donc faire ça en janvier ou février et je prends avec moi les 157 petites filles inscrites dans notre programme. Nous serons ainsi toutes Bondos et pas excisées, donc mieux acceptées par les autres femmes.

Ya Sampa a annoncé ça en chantant dans chaque village visité ; les femmes ont été ravies et ont applaudi.

 

Je leur ai toujours répété que je n’étais pas contre les femmes Bondos, que j’aimais ces femmes, mais que l’excision me faisait mal.

 

 


 

A propos de l’école enfantine et de la maison d’hôte:        

Cette année, c’est Brigitte, une marraine qui s’implique de plus en plus, qui m’a accompagnée. Sa présence fut un délice. Voici un résumé de ce séjour.


 

Malgré le travail intense, ce fut bien plus facile que les autres années, et les conditions d’habitation y sont pour quelque chose. En effet, Michael a construit, en plus de l’école, un pavillon pour nous loger, une maison d’hôte. C’est simple mais très fonctionnel et lorsque nous aurons construit le puits, nous pourrons même avoir une douche ! En attendant, le système du seau et du petit pot fonctionne très bien et remplace la douche.





Ca vous semblera de peu d’importance, mais pouvoir se faire de temps en temps une tasse de thé, un spaghetti ou un porridge pour changer des plats de riz quotidien, ça fait un bien fou à la santé et au moral ! Michael nous a aussi mis à disposition une voiture qu’il a envoyée par bateau, ce qui nous a permis de nous déplacer dans les écoles secondaires et les villages avoisinants le jour voulu. Avant, il fallait prévoir une journée en espérant trouver un véhicule libre pour nous conduire à nos destinations. Parfois, nous perdions notre journée à attendre et devions reporter notre programme au lendemain. 

J’espère trouver une jeep au plus vite, car les routes, surtout lors de la saison des pluies, ne sont souvent praticables qu’en 4x4. Pour preuve, le chauffeur qui est venu nous chercher à l’aéroport s’est ensablé.

 

Donc, l’école enfantine est terminée. Il reste quelques modifications à faire, mais elle est vraiment super.

 

Nous avons reçu chaque élève avec Ya Sampa. Elle les a toutes contrôlées physiquement, pour voir si les familles ne les ont pas excisées derrière notre dos. Elle a fait ça dans une des classes, par terre sur une natte, après que nous ayons pris les filles en photos et contrôlé les informations à notre disposition. A mon grand soulagement, elles sont toutes intactes.

 

Brigitte a passé toutes les matinées en classe et a laissé des commentaires et des conseils. Nous avons organisé la rentrée des 48 élèves, 24 par classe. Dans chacune, il y a 2 maîtresses, une déjà formée par nos soins et une autre en formation.










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Balays, la maîtresse responsable qui travaille avec nous depuis le début, s’en sort assez bien et prend son travail à cœur. Elle s’occupe, avec Abibatu, des plus petits en classe B.














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Fatmata, avec nous depuis 18 mois, a un peu plus de peine. Elle se partage, avec Elisabeth, la classe A. Ce sont pratiquement tous des enfants qui font leur deuxième année chez nous. 

Les quatre enseignantes se débrouillent, mais il y a beaucoup de choses à mettre en place et à corriger. Il est nécessaire de trouver des personnes bénévoles et passionnées, spécialisées dans ce genre de classe, qui iraient sur place 6 à 9 mois par année.



 

Brigitte partie au bout d’un mois, c’est moi qui ai pris la relève. J’ai institué le Qi Qong, au lieu de l’appel du matin qui ne sert à rien, et les enfants adorent. On a même chanté le mantra « OM » et profité de l’occasion pour enseigner ces deux lettres. Les enfants en redemandent.

Nous avons laissé assez d’instructions et de matériel à utiliser jusqu’à la fin décembre. J’ai donné des devoirs pour janvier. Je vais faire passer un test à chaque maîtresse et leur donnerai un certificat selon ce qu’elles ont retenus. Elles ont besoin d’être stimulées si nous voulons que notre école soit profitable aux enfants.


A propos de l’école primaire et secondaire:

 

A côté de tout ça, il y avait la rentrée des élèves, qui après l’école enfantine sont  passés dans les écoles primaires de Masanga, de Matam, de Rogbeshe, de Mathora et de Rowalla, villages du district, sans compter les élèves du premier programme qui sont en secondaire et en école technique. Tout ça fait un total de 225 élèves.  

Ils ont tous reçu le matériel nécessaire et j’ai été payer l’écolage et l’internat dans toutes les écoles. Les directeurs et les comptables me connaissent bien maintenant et c’est plus agréable et rapide.

 

Les élèves de Masanga et des villages avoisinants passent 1,2 ou 3 ans dans notre école enfantine, puis rejoignent, pour un cursus de 6 ans, les écoles publiques du village, ayant le choix entre l’école chrétienne SDA et l’école musulmane SLMB. Ils restent sous notre contrôle et nous continuons de les suivre régulièrement.

Après ça, ils passent en internat à l’école secondaire, celle de Mathora pour les filles et celle de Magburaka pour les garçons.

 

Les élèves qui vivent trop loin sont inscrits dans le programme, mais ne suivent pas notre école enfantine et commencent  directement l’école primaire dans leur village. Leur système est fait de telle sorte qu’ils ont 3 niveaux en première année, ce qui remplace une école enfantine, mais ils n’ont malheureusement pas du tout le même système pédagogique que nous.

 

 

 

 

 

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Les côtés moins agréables et parfois décourageants :

 

Deux petites filles sont hors du programme car une partie de la famille veut qu’elles soient initiées (=excisées). 

J’ai viré trois grands élèves. Un qui a redoublé et a volé des livres mis à disposition des élèves en seniors. Un autre, à qui je payais l’école technique et qui s’était arrangé avec le comptable et allait à l’école secondaire d’à côté. Il m’a juré que c’était son frère qui lui ressemblait énormément mais…c’est mal me connaître. J’ai trouvé l’école, la classe et son nom sur le registre.

Et un autre à qui j’ai payé un an à l’école secondaire et qui n’y est allé que quelques mois.

 

En conclusion :

J’ai décidé de me focaliser maintenant sur le programme contre l’excision et, sauf exception de parents en grandes difficultés économiques, je ne prends plus d’autres élèves.

 

Beaucoup de petites filles peuvent encore être sauvées. Ne me manquent que les moyens financiers. Je fais encore une fois appel à vous. Merci d’en parler à votre entourage, à vos amis, dans les stages ou dans les conférences.     


 
 

Merci à vous tous de faire partie de ce programme qui me tient à cœur, Michèle

 

PS: Voir sur la rubrique "petites filles à parrainer" pour trouver peut-être celle qui vous fait craquer.  

 

 


















 


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Published by Michèle - dans Voyages
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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 15:15

Chaque voyage est différent et le programme contre l’excision remporte de plus en plus de succès.

L’évolution du pays, se réveillant gentiment de la guerre, se fait ressentir non seulement matériellement mais également dans les mœurs. Les moyens de communication aidant les gens commencent à s’ouvrir. On parle même d’excision, sujet interdit  il y a à peine quelques mois.

Un homme âgé m’a approché un jour lorsqu’il n’y avait personne dans les environs. Il m’a dit que mon programme était bien et qu’il n’avait pas permis de faire exciser ses filles.

 

Le nouveau gouvernement semble faire du bon travail. En tout cas niveau propreté ça a bien changé. Les rues sont presque propres et il y a une amende de Le 100'000 pour qui se fait prendre à pisser dans la rue. Un mois de salaire pour beaucoup. Il paraît qu’il est même interdit de téléphoner au volant, ce qui pour l’Afrique semble incroyable.

Les chinois refont certaines routes et des piliers électriques jalonnent les campagnes, sans être encore en fonction. Se sont les italiens qui plus au nord, construisent une digue.

On trouve plus de magasins. On a même découvert des cuisinières à gaz avec four, des petits générateurs, des bouilloires, des ordinateurs et des écrans de TV plats.

Ce contraste avec la « pauvreté » des campagnes est toujours surprenant. Je mets pauvreté entre guimets car, selon Michael, est pauvre celui qui est handicapé ou malade et n’a pas la possibilité de trouver de quoi manger.


 

Mais je reviens à mon voyage. Je suis partie avec Gudrun et des kilos de bagages, spécialement des jeux éducatifs pour l’école enfantine. Nous nous sommes présentées au check-in confiantes et  prêtes à payer le surplus de bagages, même si très cher.  L’hôtesse à dit que c’était beaucoup mais elle a compris notre intérêt et a fermé un œil sur les 15 kg d’excédent. OUF ! Premier pas positif.

 

Nous avions décidé de passer quelques jours à Freetown, la capitale, pour rencontrer des associations pouvant éventuellement nous aider dans notre lutte contre l’excision.

Notre premier rendez-vous, fixé d’avance, à l’UNICEF c’est révélé très décevant. D’abord les personnes contactées nous avaient complètement oubliées, ce qui nous a tout de même étonnées. Ensuite j’ai cru comprendre qu’elles ne croient pas en notre programme et en la parole des exciseuses.

L’UNICEF milite fortement contre la mutilation et là… ils ne peuvent pas nous aider. Incroyable ! Nous espérons que leur bureau pour l’éducation soit plus généreux. Nous devons leur envoyer une liste de matériel scolaire avec ce dont nous avons besoin.

 

Notre deuxième rendez-vous c’est beaucoup mieux passé. Les femmes de l’UNIFEM sont très sensibles au problème. Elle trouve notre programme très intéressant et nous demande notre budget qui sera envoyé à leur directeur de Dakar. Un peu d’espoir à l’horizon.

 

Lorsque je suis à Masanga je me réveille souvent très tôt le matin et je médite. C’est souvent dans ces moments que j’ai mes meilleures intuitions. En voici un exemple :

Nous avons l’habitude de raisonner avec notre mentalité et notre culture mais je pense que qu’il serait plus subtil de nous mettre dans la culture des autochtones.

Tous le monde se pose la question de quoi vont vivre les exciseuses auxquelles on enlèvera leur gagne pain. Je dis : Erreur !  Faux soucis qui ne nous regardent pas. Le but premier est de faire arrêter la mutilation des petites filles. Pourquoi, avant d’avoir essayé, on y met déjà des barrières ?

Après avoir visité plusieurs villages dans les alentours de Masanga j’ai vu des femmes applaudissant notre programme. Des mères ayant envie d’éduquer leur fille et non de les exciser. Si la majorité des femmes refusent de continuer cette pratique, les exciseuses accepteront leur choix et je pense qu’elles sauront très bien se débrouiller pour subvenir autrement à leurs besoins. 

Aujourd’hui les femmes commencent à avoir le courage de s’exprimer, de s’affirmer devant les vieilles et de refuser de couper leur fille. Les vieilles, dont certaines sont très intelligentes et même sages, commencent également à se rendre compte que l’excision n’apporte rien.

 

Et puis, pour faire vivre un programme du genre, il faut y croire pleinement, aller de l’avant confiant, en suivant son intuition. Seulement ainsi il est possible d’obtenir un résultat positif rapide. C’est ma propre expérience.

 

Un jour nous sommes passées à l’école de Rowalla ou nous y avons une élève. La responsable est une femme. Nous lui avons expliqué les conditions d’admission dans notre programme. Elle a tout de suite dit que par là toutes les femmes excisaient leurs filles mais qu’elle était contre. Sa petite fille n’étant pas excisée nous l’avons acceptée dans le programme.

En partant nous lui avons proposé d’en parler autour d’elle et que si des femmes sont intéressées de nous suivre elles pouvaient nous contacter.

Quelques jours plus tard un groupe d’une douzaine de femmes avec leurs gosses se sont présentées à Masanga après une longue marche de plus de 2h sous le soleil.  Je n’y croyais pas !

Deux jours après, à 8h du matin, un autre groupe aussi important, était devant la porte de notre coordinatrice. Dans l’impossibilité de gérer la situation nous leurs avons dit que nous allions venir faire une réunion à Mathora, leur village.

 








Le dimanche suivant nous parlions devant une centaine de personnes. Alice, notre coordinatrice, a bien expliqué et répété les conditions. Elle ajoute le fait qu’on doit laisser  à un être humain la possibilité de choisir pour sa propre vie. Que si une jeune femme de plus de 18 ans choisi de se faire exciser, ça ne nous regarde plus mais qu’avant cette âge ce n’est pas admissible. Elle ajoute que tous les gouvernements des pays de l’Afrique de l’Ouest vont condamner la pratique et que les personnes dérogeant la loi iront en prison pour 5 ans comme il est de rigueur actuellement au Nigeria.

Un homme âgé relève que plusieurs personnes sont déjà passées pour parler du sujet mais que personnes n’a jamais proposé de solution. Notre programme est le premier à offrir quelque chose de concret. Il ajoute que l’excision n’apporte rien mais que l’éducation beaucoup. Il en est heureux.

La grande chef de Mathora, femme de caractère qui ne me donne  pas trop envie de s’y frotter, a pris la parole pour nous féliciter. Elle tient le même discours que Ya Sampa : l’éducation avant tout.

Vu l’affluence des femmes qui se seraient bousculées pour ne pas perdre la possibilité d’inscrire leur fille nous avons reporté les nouvelles inscriptions pour le début décembre. La maîtresse prendra le nom et les coordonnées des intéressées et nous ferons un choix et établiront une liste d’attente.

L’avantage dans ce village c’est qu’ils ont déjà une école maternelle même si elle est à plusieurs kilomètres. Nous ne devons pas nous préoccuper de la construction. Elle appartient à l’église Free Gospel. Nous y rencontrons un pasteur qui donne les cours qui n’ont rien à voir avec notre système d’enseignement. Il dit ne pas être payé et pense que nous allons tout prendre en charge, les locaux, les enfants et les profs. Son comportement ne nous donne pas confiance. Appât du gain derrière sans doute.

 

Chaque jour je fais un tour dans le village. Je m’arrête ici et là pour dire deux mots, pour serrer quelques mains, ou de m’asseoir avec une ou deux femmes. L’autre jour, en revenant du chantier je me suis retrouvée avec Ya sampa et d’autres vieilles. J’avais un chemisier usé et assez transparent et on devait deviner mes seins. J’ai compris qu’elles en parlaient et disaient « fino » qui veut dire beau. Elles avaient envie de les voir alors j’ai remonté ma blouse jusqu’au cou. Elles les ont admirés et on a bien rit…

J’aime ce contact simple avec ces femmes, les prendre parfois dans mes bras en n’oubliant la sueur et les cicatrices durs et râpeuses de leurs mains, conséquence de la lèpre. 

Le physique se perd pour laisser place au cœur, à une rencontre plus subtile.




 

Le chef de section est venu à Masanga voulant que nous prenions aussi des petites filles de Rogbeshe, son village dans lequel nous n’avons encore aucune inscription.

Nous y passons un dimanche et le lendemain 10 mamans viennent inscrire leurs petites filles.




 





Gudrun qui part le 4 janvier ira visiter d’autres villages des environs avec Alice. Ya Sampa, la chef de Masanga, s’est proposé de les accompagner.

 







A ce jour nous avons touchés 7 villages et 120 petites filles sont inscrites et échapperont ainsi à l’excision.

 
Il ne nous reste qu’à trouver les fonds nécessaire pour assumer et ce n’est pas si facile. Tous vos dons et parrainages sont les bienvenus. Merci d’en parler autour de vous ou de nous donner des adresses et idées.

 

Merci à vous tous car seule je n’aurais jamais pu mettre ce programme sur pieds.


Le 3 janvier 2009, Michèle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : EXCISION DES PETITES FILLES DE MASANGA Lors de mon dernier voyage à Masanga j'ai été confrontée à l'excision des petites filles. Elle se pratique généralement entre 3 et 5 ans. La période propice est de février à avril. Comment repartir en sachant
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