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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 15:15

Chaque voyage est différent et le programme contre l’excision remporte de plus en plus de succès.

L’évolution du pays, se réveillant gentiment de la guerre, se fait ressentir non seulement matériellement mais également dans les mœurs. Les moyens de communication aidant les gens commencent à s’ouvrir. On parle même d’excision, sujet interdit  il y a à peine quelques mois.

Un homme âgé m’a approché un jour lorsqu’il n’y avait personne dans les environs. Il m’a dit que mon programme était bien et qu’il n’avait pas permis de faire exciser ses filles.

 

Le nouveau gouvernement semble faire du bon travail. En tout cas niveau propreté ça a bien changé. Les rues sont presque propres et il y a une amende de Le 100'000 pour qui se fait prendre à pisser dans la rue. Un mois de salaire pour beaucoup. Il paraît qu’il est même interdit de téléphoner au volant, ce qui pour l’Afrique semble incroyable.

Les chinois refont certaines routes et des piliers électriques jalonnent les campagnes, sans être encore en fonction. Se sont les italiens qui plus au nord, construisent une digue.

On trouve plus de magasins. On a même découvert des cuisinières à gaz avec four, des petits générateurs, des bouilloires, des ordinateurs et des écrans de TV plats.

Ce contraste avec la « pauvreté » des campagnes est toujours surprenant. Je mets pauvreté entre guimets car, selon Michael, est pauvre celui qui est handicapé ou malade et n’a pas la possibilité de trouver de quoi manger.


 

Mais je reviens à mon voyage. Je suis partie avec Gudrun et des kilos de bagages, spécialement des jeux éducatifs pour l’école enfantine. Nous nous sommes présentées au check-in confiantes et  prêtes à payer le surplus de bagages, même si très cher.  L’hôtesse à dit que c’était beaucoup mais elle a compris notre intérêt et a fermé un œil sur les 15 kg d’excédent. OUF ! Premier pas positif.

 

Nous avions décidé de passer quelques jours à Freetown, la capitale, pour rencontrer des associations pouvant éventuellement nous aider dans notre lutte contre l’excision.

Notre premier rendez-vous, fixé d’avance, à l’UNICEF c’est révélé très décevant. D’abord les personnes contactées nous avaient complètement oubliées, ce qui nous a tout de même étonnées. Ensuite j’ai cru comprendre qu’elles ne croient pas en notre programme et en la parole des exciseuses.

L’UNICEF milite fortement contre la mutilation et là… ils ne peuvent pas nous aider. Incroyable ! Nous espérons que leur bureau pour l’éducation soit plus généreux. Nous devons leur envoyer une liste de matériel scolaire avec ce dont nous avons besoin.

 

Notre deuxième rendez-vous c’est beaucoup mieux passé. Les femmes de l’UNIFEM sont très sensibles au problème. Elle trouve notre programme très intéressant et nous demande notre budget qui sera envoyé à leur directeur de Dakar. Un peu d’espoir à l’horizon.

 

Lorsque je suis à Masanga je me réveille souvent très tôt le matin et je médite. C’est souvent dans ces moments que j’ai mes meilleures intuitions. En voici un exemple :

Nous avons l’habitude de raisonner avec notre mentalité et notre culture mais je pense que qu’il serait plus subtil de nous mettre dans la culture des autochtones.

Tous le monde se pose la question de quoi vont vivre les exciseuses auxquelles on enlèvera leur gagne pain. Je dis : Erreur !  Faux soucis qui ne nous regardent pas. Le but premier est de faire arrêter la mutilation des petites filles. Pourquoi, avant d’avoir essayé, on y met déjà des barrières ?

Après avoir visité plusieurs villages dans les alentours de Masanga j’ai vu des femmes applaudissant notre programme. Des mères ayant envie d’éduquer leur fille et non de les exciser. Si la majorité des femmes refusent de continuer cette pratique, les exciseuses accepteront leur choix et je pense qu’elles sauront très bien se débrouiller pour subvenir autrement à leurs besoins. 

Aujourd’hui les femmes commencent à avoir le courage de s’exprimer, de s’affirmer devant les vieilles et de refuser de couper leur fille. Les vieilles, dont certaines sont très intelligentes et même sages, commencent également à se rendre compte que l’excision n’apporte rien.

 

Et puis, pour faire vivre un programme du genre, il faut y croire pleinement, aller de l’avant confiant, en suivant son intuition. Seulement ainsi il est possible d’obtenir un résultat positif rapide. C’est ma propre expérience.

 

Un jour nous sommes passées à l’école de Rowalla ou nous y avons une élève. La responsable est une femme. Nous lui avons expliqué les conditions d’admission dans notre programme. Elle a tout de suite dit que par là toutes les femmes excisaient leurs filles mais qu’elle était contre. Sa petite fille n’étant pas excisée nous l’avons acceptée dans le programme.

En partant nous lui avons proposé d’en parler autour d’elle et que si des femmes sont intéressées de nous suivre elles pouvaient nous contacter.

Quelques jours plus tard un groupe d’une douzaine de femmes avec leurs gosses se sont présentées à Masanga après une longue marche de plus de 2h sous le soleil.  Je n’y croyais pas !

Deux jours après, à 8h du matin, un autre groupe aussi important, était devant la porte de notre coordinatrice. Dans l’impossibilité de gérer la situation nous leurs avons dit que nous allions venir faire une réunion à Mathora, leur village.

 








Le dimanche suivant nous parlions devant une centaine de personnes. Alice, notre coordinatrice, a bien expliqué et répété les conditions. Elle ajoute le fait qu’on doit laisser  à un être humain la possibilité de choisir pour sa propre vie. Que si une jeune femme de plus de 18 ans choisi de se faire exciser, ça ne nous regarde plus mais qu’avant cette âge ce n’est pas admissible. Elle ajoute que tous les gouvernements des pays de l’Afrique de l’Ouest vont condamner la pratique et que les personnes dérogeant la loi iront en prison pour 5 ans comme il est de rigueur actuellement au Nigeria.

Un homme âgé relève que plusieurs personnes sont déjà passées pour parler du sujet mais que personnes n’a jamais proposé de solution. Notre programme est le premier à offrir quelque chose de concret. Il ajoute que l’excision n’apporte rien mais que l’éducation beaucoup. Il en est heureux.

La grande chef de Mathora, femme de caractère qui ne me donne  pas trop envie de s’y frotter, a pris la parole pour nous féliciter. Elle tient le même discours que Ya Sampa : l’éducation avant tout.

Vu l’affluence des femmes qui se seraient bousculées pour ne pas perdre la possibilité d’inscrire leur fille nous avons reporté les nouvelles inscriptions pour le début décembre. La maîtresse prendra le nom et les coordonnées des intéressées et nous ferons un choix et établiront une liste d’attente.

L’avantage dans ce village c’est qu’ils ont déjà une école maternelle même si elle est à plusieurs kilomètres. Nous ne devons pas nous préoccuper de la construction. Elle appartient à l’église Free Gospel. Nous y rencontrons un pasteur qui donne les cours qui n’ont rien à voir avec notre système d’enseignement. Il dit ne pas être payé et pense que nous allons tout prendre en charge, les locaux, les enfants et les profs. Son comportement ne nous donne pas confiance. Appât du gain derrière sans doute.

 

Chaque jour je fais un tour dans le village. Je m’arrête ici et là pour dire deux mots, pour serrer quelques mains, ou de m’asseoir avec une ou deux femmes. L’autre jour, en revenant du chantier je me suis retrouvée avec Ya sampa et d’autres vieilles. J’avais un chemisier usé et assez transparent et on devait deviner mes seins. J’ai compris qu’elles en parlaient et disaient « fino » qui veut dire beau. Elles avaient envie de les voir alors j’ai remonté ma blouse jusqu’au cou. Elles les ont admirés et on a bien rit…

J’aime ce contact simple avec ces femmes, les prendre parfois dans mes bras en n’oubliant la sueur et les cicatrices durs et râpeuses de leurs mains, conséquence de la lèpre. 

Le physique se perd pour laisser place au cœur, à une rencontre plus subtile.




 

Le chef de section est venu à Masanga voulant que nous prenions aussi des petites filles de Rogbeshe, son village dans lequel nous n’avons encore aucune inscription.

Nous y passons un dimanche et le lendemain 10 mamans viennent inscrire leurs petites filles.




 





Gudrun qui part le 4 janvier ira visiter d’autres villages des environs avec Alice. Ya Sampa, la chef de Masanga, s’est proposé de les accompagner.

 







A ce jour nous avons touchés 7 villages et 120 petites filles sont inscrites et échapperont ainsi à l’excision.

 
Il ne nous reste qu’à trouver les fonds nécessaire pour assumer et ce n’est pas si facile. Tous vos dons et parrainages sont les bienvenus. Merci d’en parler autour de vous ou de nous donner des adresses et idées.

 

Merci à vous tous car seule je n’aurais jamais pu mettre ce programme sur pieds.


Le 3 janvier 2009, Michèle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Michèle - dans Voyages
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  • : EXCISION DES PETITES FILLES DE MASANGA Lors de mon dernier voyage à Masanga j'ai été confrontée à l'excision des petites filles. Elle se pratique généralement entre 3 et 5 ans. La période propice est de février à avril. Comment repartir en sachant
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