Elles sont trop géniales mes petites nanas!
Le premier moment d’émotion fut à notre arrivée. Devant les 29 petits élèves de la nouvelle école
enfantine dans leur petit uniforme orange et violet chantant pour ma bienvenue les larmes de joie ont coulé plus que d’habitude. Quelle victoire !
L’exciseuse était aussi au rendez-vous. Elle m’a prise dans les bras et nous avons dansé
ensemble.
Tout le village et les écoliers se sont joints au défilé pendant plus d’une heure nous accompagnant à
l’hostel, la pension, située sur la colline au bout du village.
Un chant de bienvenue!
L’école enfantine est ouverte depuis fin septembre. Elle y reçoit 25 fillettes et 4 petits garçons. Six
autres filles sont déjà en primaire. Ce sont donc 31 filles qui sont sauvées de l’excision depuis le début de cette aventure en février 2007. Et maintenant il y a toutes les autres en
attente. Les parents ne les excisent pas dans l’espoir qu’un jour elles soient acceptées dans le programme.
Et ce n’est que le début ! En septembre 2008 nous ouvrons deux classes de 24 élèves. Une le
matin et une l’après-midi. Il est urgent d’accepter le plus de fillettes possible.
A la fin de la séance d’inscription des parents étaient mécontents de ne pas avoir eu une place pour
leur fille mais je sais qu’ils attendront l’année prochaine avec impatience.
Nous avons trouvé un terrain pour construire une école avec deux classes et un préau couvert pour les
jeux extérieurs.
Devinez où se trouve le terrain ? Juste en dessous de la maison de Ya Sampa, l’exciseuse. C’est aussi là-bas qu’elle allait se cacher pour pratiquer les
rituels d’excision. Les enfants passeront devant sa maison pour se rendre en classe et elle en est très fière. Elle est complètement de notre côté et nous appuie auprès des
villageois.
Michael est resté là-bas. Il est en train de parlementer avec les chefs, les propriétaires et toutes
leurs familles pour l’achat. Il va essayer de commencer les soubassements dès que possible.
Comment suis-je arrivé à tout ça ? La réponse que Ya Sampa, nom très répandu chez les
exciseuses, a donné à mon mari, c'est que c'est grâce au bon sourire que je lui donne. Je
l’accepte et l’embrasse comme elle est et avec ce qu’elle a fait. Je ne la juge pas et ne lui impose rien.
J’ai juste fait une proposition: échanger l’excision contre l’éducation, en disant que pour moi
leur réponse ne changerait rien dans ma vie.
A mon arrivée je lui ai offert un pagne, du poisson séché et des oignons pour la remercier de sa
collaboration. Elle m’a bien précisé qu’elle avait pris elle même la décision d’arrêter de pratiquer et que se ne sont pas des millions de dollars qui l’aurait fait changer
d’avis.
Elle doit faire une grande cérémonie avec d’autres exciseuses des environs et de son village natal afin
de pouvoir être libre. J’ai compris que pour devenir exciseuse il faut passer par tout un rituel et il en est de même pour arrêter et sortir du clan.
Je lui ai dit que j’en assumerais les frais.
Même l'exciseuse est venue me recevoir. C'est devenu ma copine. On s'aime bien et on fait bon ménage.
Une fameuse exciseuse de Makeni, ayant entendu parler de l’ouverture de cette école à la radio est
arrivée avec ses copines pour en exiger la fermeture immédiate.
Ya Sampa a répondu tranquillement que si elle faisait une chose pareille elle devrait assumer la
scolarité de toute ces petites filles. Pauvre comme elle est comment ferait-elle ?
L’autre est repartie bredouille ! L’école fonctionne à merveille et j’espère bien en ouvrir
d’autres.
Nous avons visité Mabumina, un autre petit village à une demi-heure de chemin à travers la
brousse.
Les parents commencent également à nous proposer leurs filles et sont favorables à l’arrêt de cette
pratique ancestrale. Le chef nous a félicité de notre initiative. Margaret, la plus grande de nos élève, a parlé aux villageois. « Je souffre assez à cause de cette mutilation, ma
mère a trop souffert et toutes nos femmes ont trop souffert, c’est le moment d’arrêter cette pratique ! ».
Les gens ont applaudi. Deux femmes, exciseuses, étaient présentes. J’ai demandé ce qu’elles pensaient
de ce programme, comment elles ressentaient ça. Elles ont applaudi, une façon bien à elles de montrer leur contentement et de dire merci. J’ai distribué quelques habits pour leurs enfants et
quelques petits sous pour aider les femmes. Nous sommes revenus avec un poulet bien vivant.
J’ai trouvé une coordinatrice, Alice Fortune. Elle est médecin assistante et son rêve est d’arrêter
l’excision dans son pays. Elle a été excisée mais s’est toujours battue pour que ses deux filles ne le soient pas. Je lui ai ouvert une porte, elle va pouvoir explorer plus loin, témoigner de
son vécu, convaincre d’autres femmes.
Elle travaille actuellement à l’hôpital de Masanga. Elle contrôlera régulièrement les enfants, soit
lors de leur passage pour une maladie soit pour un check-up annuel. C’est génial !
Juste avant de partir nous avons rencontré le chef d’un village en bord de mer. Il est tout a fait
favorable à l’ouverture d’une école de ce genre sur ses terres. Il a même un terrain à nous proposer. Nous allons explorer les possibilités. Teresa, une italienne, est déjà sur
place prête à collaborer.
Y aura-t-il bientôt plusieurs écoles du genre et une diminution rapide de la mutilation génitale en
Sierra Leone ? Je l’espère de tout cœur. Une radio locale, Cotton Tree, en parle régulièrement et nous soutient.
Cette année trois personnes m’ont accompagné : Gudrun, une amie suisse, marraine d’une élève
de Masanga qui me soutient beaucoup dans ce programme. Maïya, une jeune femme spécialisée dans l’enseignement des petits enfants et Vincent, un jeune agriculteur.
Maïya et Gudrun se sont levées tous les matins à 7 h pour se rendre à l’école. Elles ont formé la
maîtresse qui n’avait aucune idée du fonctionnement d’une école enfantine. Elles ont apporté tout leur savoir afin que le niveau pédagogique devienne un exemple dans le pays. L’école a pris
vie. Elle est tapissée par les dessins et les peintures des enfants.
C’est la première école de ce genre en Sierra Leone, à la fois par le fait qu’elle combat
l’excision, et pour son niveau scolaire et le fait que tout y soit gratuit donc accessible à tous.
Les enfant passionnés par les chants de
Maïya.
Le jour de la fermeture nous avons invité les représentants du village et le chef de section pour
une réunion de parents, élèves et comité. Un plat de riz traditionnel a été servi ainsi que du pop corn et des boissons à chaque enfant.
Nous en avons profité pour rappeler les conditions et les règles de l’école. A ce moment le
grand chef m’a demandé ce que je pensais de la circoncision chez les garçon.
J’ai, en quelques mots simples, expliqué qu’il n’y avait pas de comparaison. Lors de la
circoncision on enlève un peu de peau et le résultat est un manque de sensibilité dû au frottement du gland découvert contre les habits. L’excision au contraire est une mutilation qui
enlève tout le plaisir à femme, provoque des terribles douleurs, des infections, des problèmes urinaires, des accouchements parfois impossibles et parfois la mort. La femme n’a
aucun plaisir lors des rapports sexuels et donc le mari moins de satisfaction.
Mon mari a eu la trouille en me voyant me lancer dans le sujet si ouvertement. L’exciseuse à eu un
petit sourire, les villageois ont écouté bien silencieux et à la fin de mon explication le grand chef m’a serré la main pour me remercier de lui avoir enfin permis de comprendre quelque
chose.
Je crois que c’est la première fois que les gens du village entendaient parler du sujet
en public et même tout court.
Durant ces deux mois j’ai terminé la restructuration de l’école, avec un menuisier et quelques
grands élèves du premier programme. Nous avons utilisé des nattes tressées locales préservant la simplicité des lieux.
Les grands élèves m'ont bien aidée.
J’ai acheté et distribué tout l'équipement nécessaire: matériel pédagogique, uniformes,
chaussures et tenues africaines pour Noël. J'ai aussi payé la maîtresse et son aide. Alice nous a trouvé une vraie assistante qui a commencé le 7 janvier.
Hawa, la cuisinière, prépare des bons petits plats variés avec Mariama car les enfants sont nourris
chaque jours en fin de matinée. Ils ont appris à se laver les mains avant de manger, à faire la queue pour recevoir leur assiette et à se servir d’une
cuillère.
En ce qui concerne le premier programme de scolarisation, j’ai envoyé deux grands élèves à l’école
technique. Ils sont heureux de commencer une formation d’électricien. Comme tout est à reconstruire dans le pays je pense qu’ils auront un métier leur permettant de bien gagner leur
vie.
Les autres élèves vont tous bien et remercient et saluent tous leurs parrains/marraines. Ils ont
reçu tout ce dont ils ont besoin. Cette année j’ai fait faire, pour les garçons, un uniforme de cérémonie composé d’un pantalon blanc, d’une chemise blanche à longue manche, d’une veste
bleu-nuit et de chaussettes blanches. C’est la première fois qu’ils seront vêtus de la sorte et s’en font une joie. Michael va les leur remettre et fera des photos.
Ce programme rempli ma vie. Donner un petit peu de moi, de mon temps et quelques petits sous
provoque des retombées si importantes que ça me donne la force de continuer toujours plus loin. L’envie de me battre pour ces enfants qui ont moins de chance que les nôtres, pour ces
futures femmes afin qu’elles puissent enfin vivre libérées des vieilles traditions mutilantes.
Comment j'ai eu du succès là ou de nombreuses associations ont échoué ?
Peut-être juste en partageant complètement ma vie avec ces gens, en les prenant dans mes bras sans peur des maladies, en les aimant tout simplement. Et puis grâce à votre aide car
sans vous tous je n’aurais rien fait.
Comme il est facile de s’oublier dans une aventure pareille j’ai décidé de prendre des petites
vacances juste pour moi. Je vous retrouverai mi-mars.
Merci à tous et bonne année 2008,
Michèle Moreau
Mes coordonnées bancaires si vous voulez participer vous aussi à cette lutte. Vous avez le choix
de parrainer un enfant, de parrainer le programme ou de faire un don. Pour 20 € par mois vous sauvez une fillette de la mutilation génitale.
Pour la Suisse en Frs : Banque Raiffeisen du Haut Léman, 1895 Vionnaz, Switzerland
CB 80588 / CCP 19-2664-3
Nom : Michèle Moreau, La Vigne C, 1898 St-Gingolph, Suisse
Numéro de compte: CHF 61387.60
IBAN. CH77 8058 8000 0061 3876 0 CHF
SWIFT: RAIFCH22
Pour la France en Euro : Banque Crédit Lyonnais, Immeuble Le Cordelier, 16 av. J.Leger, 74500 EVIAN LES BAINS, France
RIB : Banque 30002, Indicatif 01749, Numéro de compte : 002195V, Clé 88
IBAN: FR10 3000 2017 4900 0000 2195 V88 BIC: CRLYFRPP